Assassin Royal – 11 ans plus tard

J’ai découvert Assassin Royal en 2007. Et cette aventure s’est achevée, pour moi, le 12 juin 2018, date à laquelle j’ai refermé la dernière page du dernier tome de la dernière saga de cette œuvre.



Assassin Royal Tome 7

 

Pitch

FitzChevalerie, Le Fou, Oeil-de-Nuit, les aventures de l’ Assassin Royal m’ont passionné. C’est la 4e, 5e fois que je relis les 13 tomes des deux premières sagas et je viens de terminer celle du Fou et L’Assassin ; je me morfonds depuis des jours et j’ai besoin de faire quelque chose pour expurger tout ça.

On y suit l’histoire, souvent tragique, de l’enfant bâtard d’un prince. Sa découverte bouleverse toute la politique du royaume et de nombreuses personnes veulent sa mort. Son père renonce au pouvoir et se retire, sans jamais le rencontrer ; il le confie à son meilleur soldat et pense ainsi protéger son enfant. Le Roi, son grand-père, décide d’en faire un outil plutôt que de s’en débarrasser ; il en fait un assassin royal, capable de dispenser la mort quand la diplomatie a échoué.

A partir d’ici, je vais spoiler un tout petit peu.

Déroulé

Nous suivons la vie de Fitz, de sa petite enfance jusqu’à la soixantaine passée, ses questionnements et ses conflits, son désir d’être utile à son royaume qui entrave celui de vivre son amour passionnel, sa volonté de protéger ses proches qui l’oblige à disparaître et enfin, son passé sanglant qui perturbe sa volonté d’être un bon père.

Dès le début de l’histoire, Fitz découvre qu’il est doté de deux magies : le très estimé Art, qui lui permet de projeter sa conscience et d’influer celle des autres ainsi que le Vif, la malédiction qui donne à l’être humain le pouvoir de communiquer avec un animal. Ceux qui sont dotés du Vif doivent être pendus, découpés en morceaux et jetés dans la rivière.

Fitz doit survivre dans un environnement extrêmement hostile. En grandissant, il pourra compter sur son loup, Œil-de-nuit ainsi que sur le Fou, le bouffon du roi, un adolescent énigmatique qui semble n’avoir qu’une obsession : protéger son catalyseur.

Les magies

Je veux m’attarder un instant sur ces deux magies. L’Art d’abord, résonne fortement dans mon esprit ; l’addiction que ressent le personnage lorsqu’il risque de se perdre à jamais dans le courant spirituel, c’est aussi ce que ressentent les gens comme moi qui, lorsqu’ils se passionnent pour une œuvre, délaissent toute autre chose et tous ceux qui les entourent, et s’indignent qu’on puisse les empêcher de s’y consacrer pleinement. Sachant que l’Art consiste plus ou moins à partager l’esprit d’une autre personne, comme un lecteur partage celui du héros, il m’est arrivé une ou deux fois de me demander si je n’étais pas moi-même doué de cette magie !

Le vif est un concept très intéressant aussi ; j’aime beaucoup la description que l’auteure en a faite : il ne s’agit pas de faire de l’animal un outil, un esclave mais un partenaire. Le vifier a toujours conscience de la présence de l’animal, comme s’il était une extension de lui-même. J’ai toujours eu horreur de m’appeler « maître » de mon chien et j’utilisais moi aussi ce concept d’« extension » lorsque je parlais de lui.

J’imagine qu’il devait être complexe, pour Robin Hobb, de maîtriser son récit avec deux magies aussi puissantes, pour éviter que le lecteur ne se dise « ben ? Il n’a qu’a faire ci, ou ça, non ? » et aussi « ben, s’il peut faire ci, c’est qu’il peut faire ça aussi ! ». D’ailleurs, il me semble que le vif a évolué au fur et à mesure, et qu’il est devenu un tout petit peu plus restrictif. L’Art aussi : il me semble qu’au début, les puissants artiseurs pouvaient influencer n’importe qui à distance ; ça n’avait plus l’air d’être le cas à la fin : on parle plus d’un brouillard dans lequel se perdent les victimes à proximité. Et même en maitrisant son pouvoir, Fitz ne peut communiquer qu’avec ceux avec qui il a un lien spécial.

Le style

Enfin, avant de spoiler véritablement l’œuvre et perdre ceux qui ne désirent pas connaître la fin, j’ai envie de mentionner le style de Robin Hobb. Au moment où j’écris ces lignes, je suis loin d’avoir un niveau d’écriture satisfaisant ; je sais que j’ai beaucoup de progrès à faire. C’est pour ça que je relisais certaines de mes œuvres préférées, pour m’en inspirer. Je pensais qu’Assassin Royal était un modèle à suivre pour la richesse de ses descriptions mais non, j’ai vraiment horreur de longs pavés qui détaillent chaque élément d’une scène ; je sautais parfois trois pages à la fois. A l’inverse, lorsque j’écris, j’ai encore trop tendance à m’appuyer sur les dialogues pour décrire un paysage, un décor ou une situation et mes pages ressemblent trop aux textes qu’on donne aux acteurs de théâtre, lorsqu’ils doivent répéter une scène.

Je me suis aperçu que la force de Robin Hobb, ce n’était absolument pas la qualité de ses descriptions mais la profondeur psychologique de ses héros et de Fitz en particulier. Chaque ligne de dialogue est parfaitement dosée, parfaitement personnalisée ; on se méprend rarement sur l’état d’esprit d’un personnage. Robin Hobb est aussi la reine des chutes, des phrases fortes qui concluent souvent une profonde introspection de Fitz ; il était d’ailleurs amusant de lire cette œuvre sur l’application Kindle de l’Ipad et de voir les chutes préférées des lecteurs, discrètement surlignées dans les pages ; je n’ai pas d’exemple en tête, vous m’en excuserez.

A partir d’ici, je vais beaucoup spoiler, notamment les fins de différentes sagas. 

Se fondre dans l’Art

Je reviens un instant sur l’Art, et spécifiquement sur la fin de la première et de la dernière saga, lorsque cette magie leur permet de créer des dragons. En lisant ce passage, j’y voyais une nouvelle analogie, cette fois avec la création d’un œuvre. Dévorés par leur addiction pour l’Art, Vérité et les artiseurs créent leur dragon en y mettant tout ce qu’ils sont, tous leurs souvenirs, toutes leurs émotions et s’éteignent petit à petit ; ils deviennent d’abord plus distants avec les autres et s’épuisent considérablement. Je suis sûr que beaucoup ont pensé, comme c’est mon cas, à l’acte de création qui vide l’auteur d’absolument tout : énergie, passion, intérêt pour la réalité, pour les autres, pour le temps. Heureusement que cet état n’est pas aussi définitif d’ailleurs ; et si l’on pouvait vraiment s’immerger définitivement dans sa création, combien le feraient ?

La fin d’Assassin Royal

Je termine cet article de blog en parlant de la toute fin de la saga. Après un tome 18 qui m’a beaucoup déplu, que j’ai trouvé maladroit, brouillon, mal maîtrisé, j’ai été vraiment bouleversé par l’aboutissement de cette aventure. Je partageais totalement l’amour de Fitz pour sa petite fille et je serais volontiers entrer dans le monde d’Assassin Royal pour gifler le héros et le convaincre qu’il était vraiment idiot d’accepter la mort de son enfant aussi simplement. Et de la même façon, je partageais son envie de rentrer, de retrouver Abeille, même en étant couvert d’Argent, quitte à se cacher, quitte à vivre à nouveau dans les murs de Castelcerf. Moi non plus, je ne voulais pas entendre Œil-de-nuit et ses histoires de dragon et je m’agaçais de son insistance. Et cette scène finale, lorsque Fitz invite le Fou à le rejoindre et à disparaître dans le loup de pierre, j’étais choqué, en larmes et à deux doigts de refermer le livre, quitte à ne jamais lire les toutes dernières pages. Je n’aime pas les « mauvaises fins », je n’aime pas être triste, je n’aime pas qu’un héros soit constamment torturé du début à la fin d’une œuvre. J’ai eu du mal à m’en remettre, j’y ai pensé jour et nuit et je suis sûr que je me souviendrai toute ma vie de ce moment. C’est pour ça que, malgré tout, je dis bravo à Robin Hobb ; j’ai vraiment adoré son œuvre.

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